
SOUVENIRS
DU BOULONNAIS
Les
souvenirs d'un appelé du Boulonnais en 1963.
Dans
quelques années, pour certains de nos compatriotes le
souvenir même du service militaire n'évoquera
qu'une vague idée puisée dans les souvenirs d'un
père ou d'un autre parent. C'est un peu pour cela que je
veux
faire cette page et ici rendre hommage à tous les marins qui
ont
posé leur sac sur les bateaux de la Royale pour le temps de
leurs obligations militaires. Leur travail à bord
était
indispensable pour la bonne marche du bateau, et ils faisaient partie
à part entière de l'équipage, ils en
partageaient
comme tous les autres les bonheurs et les vicissitudes. Pour parler de
tous ces camarades, je vous livre les souvenirs d'André
CROSNIER, appellé mécanicien sur le Boulonnais en
1963 et 1964.
Merci à André qui a bien voulu un peu creuser sa
mémoire pour nous. Je lui laisse la parole.
" Incorporé
début mai 1963 au CFM Brest, puis du début juin
à début
septembre 1964, j'étais
embarqué sur l'ER Le Boulonnais comme matelot
mécanicien, mon poste en
mer était chauffeur de chaudières
et mazoutier (miss mazout), à quai j'étais
magasinier outillage et
chauffeur officiers (2 cv berline) et coursier ( 2cv camionnette)
. Une fonction intéressante pour les ravitaillements !
Ce bateau était basé à Brest et nos
sorties et croisières servaient
d'entrainement aux EOR et aux élèves de
l'école navale.
En 1963, avec la 9ème escadre d'ER. nous avons
effectué deux croisières
Ecole Navale, l'une à Kiel et Bruges, l'autre à
Edimbourg,
Lubeck avec "visite du rideau de fer" et Amsterdam.
Après un grand carénage de novembre à
mai à l'arsenal de Lorient, nous
avons effectué une croisière EOR à
Marin
(La Corogne) et Vigo.
Ensuite deux croisières Ecole Navale, l'une en juin et
début juillet à
Kiel et Goteborg, l'autre en juillet et en août à
Flensburg (école
navale allemande)
puis Helsinki, Aalesund et Maraak (fjord de Geiranger) ".
Maintenant
commençons la visite.
Comme
pour beaucoup d'appelés, la vie militaire a
commencé par
le Centre de Formation maritime (CFM) à Brest. Ils y
apprennaient les rudiments de la vie militaire et maritime. Il fallait
assimiler beaucoup de choses nouvelles en quelques semaines, ces
centres formaient des jeunes de tous horizons et de tous milieux
sociaux et les préparaient à être des
marins comme
les autres. Voici une
photo du CFM, ainsi que l'insigne du centre ci-dessous.
André
a été incorporé au CFM de Brest le 3
mai 1963 et
en est sorti le 11 juin 1963. Le voici à gauche de la photo
avec
deux copains, celui du centre est un lorientais, seule information
disponible.
(photo André CROSNIER - 1963).
L'apprentissage
militaire et maritime n'empêchait pas les sorties, photo
prise
sur une plage de Concarneau. La croisière s'amuse.
André
est à gauche avec son copain lorientais. Passer en quelques
semaine d'une fin d'adolescence à l'âge adulte
n'était pas toujours simple, mais la jeunesse triomphe de
tout.
(photo André
CROSNIER - 1963)

Juin/juillet
1963. Le temps au CFM est terminé, André a
embarqué à Brest sur le Boulonnais. L'escorteur
rapide
participait à une croisière pour
l'école navale,
escale à Brugge (Bruges) en Belgique et Kiel en allemagne.
Le
voici, à gauche avec Bernard Moreau, un ancien de L'E.A.M
d'Etel. Ils se promènent sur le front de mer d'Ostende,
principal port belge sur la mer du nord. Nos deux compères
portent en haut du bras gauche le galon rouge tout frais de matelot
brevété. (photo André
CROSNIER - 1963)

Juillet/août
1963. Le Boulonnais, toujours pour la croisière de l'ecole
navale, fait escale à Edimbourg. Sur les bords du Lac Lomon,
un
sonneur de cornemuse, aussi typique qu'il est possible de
l'être
donne un aperçu de sa science musicale. (photo
André
CROSNIER - 1963)

Juillet/août
1963. Toujours lors de la croisière de l'école
navale,
après l'écosse, le Boulonnais fait escale
à Lubeck
port du nord de l'Allemagne, au bord de la mer baltique.
André
pose dans un des parcs de la ville. (photo André
CROSNIER - 1963)
Juillet/août
1963. Après Lubeck, le Boulonnais arrive dans le port de
Travemünde, au bord de la baltique. Le Boulonnais
est passé par le canal de Kiel. La photo nous
montre les
ferries qui assurent les liaisons avec le Danemark, la Suède
et
le reste des pays de la baltique. C'est au cours de cette escale que
les équipages ont été au plus
près du
"rideau de fer", ce qui n'était pas une simple image
à
l'époque. (photo André
CROSNIER - 1963)
20
juin 1964. Le Boulonnais passe sous le célèbre
pont sur
le canal de Kiel. J'ai déjà mis cette photo en
ligne,
elle m'avait été envoyée par
Jean-Louis GUERIN,
qui a lui aussi participé à cette
croisière en
1963. (photo André
CROSNIER - 1963)
Août
1963. Le Boulonnais est revenu dans les eaux de la Penfeld à
Brest son port d'attache. Cette photo est prise de la plage
arrière, elle nous permet de voir le château de
Brest et
accosté, l'aviso du type "Chamois", "Cdt Amyot d'Inville"
mis
sur câle en 1939 mais armé seulement en 1947, qui
participait aussi aux croisières des EOR et de
l'école
navale. Tout en bas de la photo, le flotteur nous rappelle
qu'à
l'époque les escorteurs rapides avaient des
capacités de
dragage de mines. (photo André
CROSNIER - 1963)

Août
1963. Voici "Milou", la mascotte du bord. Il paraît qu'il dormait
dans le poste des mécaniciens. Il participait aux inspections
des permissionnaires et passait le premier la coupée. Il a aussi
eu les honneurs de la presse finlandaise lors d'une escale à
Helsinki. En 1957 son prédécesseur se nommait "Kiki".
(photo André
CROSNIER - 1963)
Mai
1964. Le Boulonnais fait escale à Vigo en Espagne pour une
croisière au profit de L'Ecole des officers de réserve.
L'équipage est invité par l'école navale
espagnole, en voici le carton d'invitation. L'accueil a
été qualifié de très fraternel. (photo
André
CROSNIER - 1964)
Les
copains posent pour la postérité et "Milou" est de la
photo. Que sont-ils dévenus ? Quelle a-été leur
vie par la suite ? La vie à bord a sans doute été
une courte parenthèse dans la vie de ces jeunes, mais je pense
quand même qu'elle a du changer fortement leur vision de
l'existence, surtout à un âge où on se construit
encore. (photo André
CROSNIER - 1964)
Juin
1964. Le service militaire d'André est presque terminé,
il pose avec des amis pour garder des traces de ce qu'il a
véçu. Le voici à gauche de la photo, puis
André Laurain de Nanterre, puis au centre Joseph Becker,
alsacien. Les équipages passent, mais la marine reste toujours
vivante grâce à ceux qui ont aimé et bien servi ses
bateaux. (photo André
CROSNIER - 1964)
Juillet/août
1964. Nous remontons le temps. Au cours de la croisière de
l'Ecole navale qui mène le Boulonnais à Flensburg,
Helsinki, Aalesund et Maarak, voici l'arrivée à Helsinki
avec l'étrave de l'aviso "Cdt Amyot-D'Inville", remarquez que
ces bateaux de guerre avaient encore des hublots. (photo André
CROSNIER - 1964)
Juillet/août 1964. Je laisse la parole à André : ""Un
bateau russe nous attendait dans la baltique. Il nous a escorté
jusqu'à Helsinki, puis au retour pendant quelques jours et
nuits. Bien-sûr, nous comme lui faisions semblant de nous
ignorer, il n'y avait aucun salut sur le bord. De loin comme de
près il surveillant nos exercices, c'était la guerre
froide ! Une anecdote, le dimanche matin, l'escadre s'était
rassemblée pour la messe dite sur la plage arrière d'un
des escorteurs, puis subitement l'escorteur russe est passé
près de lui en diffusant très fort un disque de Dalida :
Tchao Tchao bambino, puis il a disparu". L'escorteur pris en
photo par André est un escorteur ASM du type "RIGA" construit
à 50 exemplaires pour la baltique et la mer noire. Il
ressemblait assez aux escorteurs rapides, sa longueur était de
90m sur 9, son tonnage de 1200 tonnes, sa vitesse de 28 noeuds. Il
était armé de 3 canons de 100mm, d'un hérisson de
4 mortiers et 3 tubes lance torpilles, ces bateaux ont
été lancés entre 1952 et 1957.(photo André
CROSNIER - 1964)
1964.
Le Bordelais (F764) au mouillage devant Maarak, photographié depuis le Boulonnais au fond du fjord de Geiranger
en Norvège. L'équipage est resté à
bord, il n'y avait pas de posssibilité de descendre à
terre.(photo André
CROSNIER - 1964)
1964. Les escorteurs en ligne de file lors d'un exercice dans le fjord de Geiranger.(photo André
CROSNIER - 1964)
Exercice en mer. L'escorteur de gauche est le Corse. Exercice de transfert de chaise, vide pour l'occasion.(photo André
CROSNIER - 1964)
André
a intitulé cette photo "La vie à bord, en passant
près des côtes". La vie en mer c'est aussi ça,
c'est fait de ces moments de calme où on se sent en accord avec
l'élément qui nous entoure.(photo André
CROSNIER - 1964)
Mi-août
1964 en rade de Brest. A gauche André Crosnier, à droite
Joseph Becker. Le Boulonnais attendait l'ancienne "Jeanne d'Arc" pour
l'escorter à son retour de son dernier tour du monde.(photo
André
CROSNIER - 1964)
1994.
Voici un article de "Ouest-France" qui relate la fin du Boulonnais. La
photo nous montre un aviso-escorteur au lieu d'un escorteur rapide,
c'est vrai que leurs lignes se ressemblent. Mais l'important est
ailleurs, Le Boulonnais a terminé sa vie comme un bateau doit le
faire, au large et "pavillon haut" et pas sous les chalumeaux au fond
d'une quelconque rade. Bien-sûr cette coque n'avait plus depuis
longtemps de numéro, mais dans la tête de tous ceux qui
ont servi à bord, il gardera toujours son nom fièrement
porté de chaque côté de la poupe. Je tiens encore
à remercier André Crosnier et aussi avoir une
pensée pour tous ceux qui pour une semaine, un mois ou une
année ont servi sur les bateaux de la Royale. (photo
André
CROSNIER - 1994)
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