De
1966 à 1969, Guy BASTIN est embarqué sur l'Agenais, il a écumé les eaux
de la Méditerranée et en a rapporté quelques souvenirs à voir
ci-dessous, encore merci Guy. (mise en ligne : 28/03/2010)
Quelque
part en Méditerranée, la ligne de file des escorteurs rapides. Devant
l'Agenais on peut aperçevoir le Normand. Ce dernier hantait plutôt les
eaux de l'Atlantique sauf entre 1965 et 1969 quand il a été affecté à
l'escadre de la Méditerranée.
(Photo Guy BASTIN - 1966 à 1969)
Juin
1968, l'Agenais fait escale à Kotor, port principal du Monténégro, pays
à l'époque faisant partie de la Yougoslavie et actuellement
indépendant. L'escorteur fait relache avec le sous-marin l'Eurydice, ce
sous-marin du type "Daphné" de 800 tonnes va disparaitre corps et biens
le 4 mars 1970 au large de Saint Tropez, cette tragédie va faire 57
victimes, je voulais 40 ans après rendre ici hommage à ces disparus.
Avec l'Agenais, Guy a aussi participé aux recherches pour retrouver le
sous-marin la Minerve aussi disparu dans les eaux au large de
Toulon en 1968. (Photo Guy BASTIN - 1968)
L'Agenais
fait des exercices avec le sous-marin expérimental Gymnote. Ce
sous-marin déplaçait entre 3000 (lège) et 3250 tonnes (en charge). Il a
été lancé en 1966 et a servi à l'expérimentation des types
lance-missiles des futurs sous-marins nucléaires lanceurs d'engins.
(Photo Guy BASTIN - 1966-69)
Le
Gymnote se présente sur le babord de l'Agenais pour un exercice de
transfert de personnel via la célèbre chaise que nous verrons à la
photo suivante. On voit bien ici prolongeant l'arrière du massif, les
tubes lance-missiles expérimentaux qui donnent à ce sous-marin sa ligne
très spéciale.
(Photo Guy BASTIN - 1966-69)
La
chaise est en équilibre instable entre les deux bateaux, le passager a
été remplacé par sans doute un sac de courrier. Cette photo ma plait
beaucoup car elle ajoute à la modernité du sous-marin (pour l'époque)
ce côté "huile de coude" qui reste indispensable malgrè les progrès
techniques et je trouve cela très rassurant. Un grand merci à Guy
Bastin pour ces souvenirs.
(Photo Guy BASTIN - 1966-69)
(retour
en haut de page)
Voici
diverses photos de l'Agenais, par divers auteurs et à diverses époques
mais qu'ils en soient tous ici remerciés. (mise en ligne le 09 janvier
2010).
Noël
1966 dans un poste d'équipage de l'Agenais. Gérard est au centre de la
photo, il avait la spécialité de timonier/transmetteur à bord.
(Photo Gérard JUVE - 1966)
L'Agenais
en 1966. Les repas se passaient à l'époque dans les postes d'équipage.
Celui-ci semble avoir quelque peu "dégénéré" car certains sont couverts
de farine ou autre (?). La bonne humeur ne semble pas en avoir été
affectée. Cette photo a été prise par Jean-Paul DUPUY dans le poste 2
de l'Agenais. (Photo Gérard JUVE - 1968)
En
1962, Roland DORSCHNER était timonier à bord de l'Agenais. A l'époque
l'Agenais assurait avec d'autres escorteurs des missions SURMAR
(surveillance maritime) afin d'interdire le passage d'armes au profit
des combattants du FLN. Cette photo a du être prise à Alger ou Oran, si
quelqu'un se souvient ? (Photo Roland DORSCHNER - 1962)
La
fête de la "Sainte Barbe" 1962 à bord de l'Agenais.
Fête traditionelle
des mécaniciens et artilleurs. Remarquez à l'arrière un remorqueur. Il
s'agit d'un remorqueur de port, d'origine américaine, du type YTL,
reconnaissable à sa haute cheminée grêle et datant des années 1942-45.
Une trentaine d'unités ont été transférées à la marine française.
Merci Roland pour ces photos. (Photo Roland
DORSCHNER - 1962)
Albert
HUC était radio sur l'Agenais en 1965. Il faisait parti du corps de
débarquement du bateau. Sous les ordres de l'EV1 FRADIN voici un
exercice de tir à la mitrailleuse AA52. (Photo Albert HUC - 1965)
Noël
1964. Au milieu André DAYEZ et à droite un certain LORIOT. J'ai passé
quelques Noël ou premier de l'an à bord, on étaient loin des notres,
mais la fête se passait quand même dans la bonne humeur. (Photo Albert
HUC - 1964)
Noël
1964 à bord de l'Agenais. Le champagne ne fait pas défaut, comme nous
étions coincés à bord, il n'y avait pas beaucoup de risque que la
maréchaussée ne nous verbalise. Il me semble aussi me souvenir que le
bateau nous était un peu "réservé" d'ailleurs. Merci pour ces souvenirs
lointains mais aussi tellement présents. Albert est le deuxième en
partant de la droite. (Photo Albert HUC - 1965)
(retour
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Jean-Paul
DUPUY a embarqué sur l'Agenais dans les années 1967-1968,
il nous a envoyé les photos ci-dessous dont certaines fleurent
bon la photo d'avant le numérique, un petit côté
rétro que j'adore, merci à Jean-Paul.
Nous
sommes sur le pont milieu de l'Agenais. On procède à des
essais de tir de 57mm. On peut voir le télémètre
de 57mm orienté vers la cible sur le tribord du bateau, on
aperçoit aussi les deux canons de 57mm en position de tir.
(Photo Jean-Paul DUPUY -1967-1968)
Cette
photo représente un lâcher de ballons plage
arrière. Sans doute pour des exercices de tir. On peut remarquer
sur le sommêt de l'affut à droite de la photo, un
appareillage étrange, cela ressemble à un
lance-fusée au vu du déflecteur sur la tourelle, mais je
n'en ai pas encore la signification exacte, si quelqu'un peut m'aider ?
(Photo Jean-Paul DUPUY -1967-1968)
En
ligne de file, au premier plan l'Agenais, juste devant le Brestois
F762, aisément reconnaissable à la tourelle de 100mm, et
tout devant l'escorteur d'escadre Cassard. (Photo Jean-Paul DUPUY
-1967-1968)
Janvier
1968. Nous sommes dans le poste 2. Le temps de pose rend certains
visages un peu flou, mais ce n'est pas grave, c'est je trouve une belle
photo d'ambiance, remarquez en haut et à gauche de la photo la
télévision bien protégée des coups de
roulis. (Photo Jean-Paul DUPUY -1967-1968)
L'Agenais
amarré au quai Noël à Toulon. C'était
à l'époque l'endroit habituel pour les escorteurs
rapides. La baleinière est à l'eau, remarquez sur le
babord arrière, le radeau à peinture pour les travaux de
coque. (Photo Jean-Paul DUPUY -1967-1968)
Jean-Paul
Dupuy, plage arrière assis sur le treuil. On a une autre vue de
l'appareillage sur le dessus de l'affût arrière, mais sans
pouvoir en dire plus. (Photo Jean-Paul
DUPUY -1967-1968)
1967
à Toulon. Au premier plan l'Alsacien, au second plan le croiseur
Colbert et à droite le porte-hélicoptère
Jeanne-d'Arc, L'Alsacien semble venir se mettre à couple de
l'Agenais. (Photo Jean-Paul
DUPUY -1967-1968)
1967.
Cette photo fait suite à celle plus haut du lacher de ballons,
on y voit un tireur au fusil automatique, curieusement coiffé
d'un casque, mais les consignes sont les consignes, qui tire sur les
ballons dans l'eau. Le grand militaire botté et les mains dans
les poches serait l'enseigne de vaisseau HELO. (Photo Jean-Paul
DUPUY -1967-1968)
Octobre
1967. L'alouette III n° 279 de l'aéronavale procède
à l'hélitreuillage d'un lieutenant de vaisseau dont la
postérité n'a pas gardé le nom. Cette photo a des
petits côtés "james Bond" des années 60, ou un peu
enlèvement d'un homme d'affaire pas Fantomas. (Photo Jean-Paul
DUPUY -1967-1968)
Au
sujet de cette photo, Jean-paul fait le commentaire suivant :
Octobre
1967, au large Sud-Ouest de la Sardaigne (au point YF), nous devons
rallier ce point par radio localisation, car à ce point une tête de
missile SMBS
tiré des iles du Levant devait tomber et nous devions retrouver des
traces de fluorescine par calage radiolocalisation. Durant un des tirs un missile est parti
des iles du levant mais n'est jamais retombé, au même moment une
caravelle reliant Ajaccio à Nice a été accidentée en vol et s'est
crashée pres de Nice ......Sur cette photo nous
voyons un batiment russe à l'endroit présumé de la retombée de la tête
de missile
Le
bateau russe de la photo est un destroyer de la classe KOTLIN. Cette
classe de bateaux a été contruite à 18 ou 20
exemplaires entre 1955 et 1957 aux chantiers navals de Léningrad
et Nikolaiëv. Il déplaçait 2850 tonnes, à la
vitesse maximale de 35 noeuds. Sa longueur était de 129 m sur 12
m de large. Il était équipé de 4 canons de 130 mm,
16 de 45mm, 10 tubes lance-torpilles, 6 mortiers et 2 grenadeurs ASM.Il
était armé par 320 hommes dont 26 officiers. 8
exemplaires, dont celui de la photo ont été
équipés d'une plateforme pour hélicoptère
à l'arrière . (Photo Jean-Paul
DUPUY -1967-1968)
Pour
finir les souvenirs de Jean-paul sur l'Agenais, voici sa feuille de
déplacement quand il a quitté le bateau. Vous remarquerez
que l'intéressé n'a pas signé sa feuille, presque
40 ans après, il y a du laisser-aller dans l'administration de
l'Agenais quand même. Bon, il y a prescription maintenant, encore
un grand merci à Jean-Paul pour cette remontée dans nos
vertes années et pour la qualité des photos. (Photo
Jean-Paul
DUPUY -1967-1968)
Cet
article est parut dans le Ouest-France du 28 mars 1983, il rend hommage
à l'Agenais et par là même à l'ensemble des
escorteurs rapides, notez que l'article ne mentionne pas le Bordelais
(?). (Photo Crosner - 1968)
(retour
en haut de page)
André
DEHALLET était en 1968 sur l'Agenais, il y faisait son service
militaire, il a comme beaucoup gardé un souvenir très
fort de cette période. Il nous transmet quelques photos de son
passage à bord, je vous les montre en souvenir de cette
époque, merci André pour ces clichés.
1968
à bord de l'Agenais. Nous sommes à la machine, je pense
plus précisement devant un des deux panneaux de commandes qui
permettaient de moduler l'utilisation des turbines, que les
mécaniciens me reprennent si je dis des bêtises. Voici sur
le photo le matelot matricule 0568 9927, André n'est pas plus
explicite. (Photo André DEHALLET - 1968)
1968.
L'Agenais le nez dans la plûme. Les rapides étaient des
bateaux très marins, sauf au niveau du roulis, leur faible
largeur y était pour quelque chose, mais au bout d'un moment on
s'y faisait. (Photo André DEHALLET - 1968)
1968.
L'Agenais fait des essais de vitesse, la lame est plus haute
que
la plage arrière, ce spectacle était toujours
impressionnant, je me souviens que le bateau (Le Provencal pour moi)
tremblait beaucoup à vitesse maximum, mais on ne devaient pas
trop en abuser car les rapides n'avaient pas les pattes trop longues.
(Photo André DEHALLET - 1968)
1968.
L'Agnenais. "Attention on va rouler !", disait le haut-parleur de la
cafétaria, mais bien souvent les convives n'avait que le temps
de s'accrocher à la table, et il fallait choisir entre la
gamelle et le quart de vin rouge, choix cornelien !! (Photo
André DEHALLET - 1968)
1968.
L'Agenais. Le bateau se presente sur le babord du pétrolier
ravitailleur La Seine. Les manches pour le transfert du mazout pendent
à la potence et vont être branchées sur l'Agenais.
André me signale que l'officier en second est le lieutenant de
vaisseau KNOERTZER. (Photo André DEHALLET - 1968)
1968.
L'Agenais, suite du ravitaillement avec La Seine. Les manches sont
passées et branchées, le ravitaillement peut commencer.
C'est maintenant que tout le monde doit être vigilent, car les
bateaux ainsi liés sont assez vulnérables. (Photo
André DEHALLET - 1968)
1969.
L'Agenais, le 26 février 1969, exercice de lancement d'une
torpille ASM du type L3. Il fait très beau en ce mois de
février, l'Agenais ne devait pas se promener en mer du nord.
(Photo André DEHALLET - 1969)
1969.
l'Agenais, le 26 février 1969, suite logique de la photo
précédente, la pointe de la torpille est peinte en jaune
afin d'être plus facilement repérable, les torpilles
étaient également équipées d'un
émetteur pour facilité la récupération. Un
grand merci à André pour ces photos. (Photo André
DEHALLET - 1968)
(retour
en haut de page)
A
suivre des documents ayant trait à l'Agenais, sans grande
logique entre eux .........
Episode sur le CRABE TAMBOUR".
Le
lieutenant de vaisseau Pierre GUILLAUME, plus connu sous le surnom du
"CRABE TAMBOUR", a écrit il y a quelques années un livre
de mémoires : "Mon âme à Dieu, Mon corps à la Patrie, Mon
Honneur à moi". Un
bon ami qui a déjà beaucoup donné à ce
site, j'ai nommé Daniel BONNERUE, a lu son livre et en a extrait
un passage qui concerne son passage comme commandant par intérim
de l'Agenais. Les souvenirs de Daniel lui permettent de nous
en dire un peu plus sur le personnage : " René BAIL le
connaissait bien, moi j'ai failli le connaître à bord du "De Grasse" où le pacha
l'avait invité en novembre 2002 à Saint-Malo où il résidait, mais il
était déjà très malade et il n'a pas pu venir. Il est décédé au cours
des semaines qui ont suivi. Je regrette de n'avoir pu parler avec lui,
car c'était un sacré bonhomme. Il est rentré d'Indochine seul à la
barre de sa jonque Manohara et il s'est
échoué sur les côtes de Somalie, la barre cassée. En Algérie il a été
provisoirement affecté dans l'armée de Terre pour prendre le
commandement du commando du 2ème RPC (devenu par la
suite le "Cdo Guillaume") qu'avait créé son frère Jean-Marie. Ce
dernier a été tué au combat le 22 mars 1957 dans la région de Blida, il
l'a donc remplacé pendant quelques temps avant de réintégrer la Marine.
Par la suite il a "trempé" dans le pustch, puis dans l'OAS, ce qui lui
a valu de la prison. Retourné à la vie civile, il a créé une compagnie
d'affrètement maritime et d'armement de bateau en Afrique.
". Que
l'on soit pour ou contre ses idéaux politiques, le personnage du
"Crabe tambour" ne peux laisser indifférent par son
caractère entier et son sens de l'honneur. Via Daniel Bonnerue,
je vous livre ce qu'il disait de son passage sur l'Agenais, je laisse
la parole au lieutenant de vaisseau GUILLAUME :
L’ESCORTEUR RAPIDE L’AGENAIS
J’ai embarqué sur l’Agenais
le 16 juillet 1958. Les escorteurs rapides portaient des noms de
provinces
françaises : l’Agenais, le Bourguignon, le
Provençal, le Breton.
Le mien était patronné par la ville d’Agen et nous recevions tous les
ans des
pruneaux comme cadeau. Nous étions en outre reçus par la municipalité.
Louis
XIV avait inauguré cette tradition lorsque des vaisseaux étaient lancés.
Ces escorteurs rapides étaient des bateaux qui
avaient
une tenue à la mer remarquable, ils se promenaient littéralement dans
l’eau - beaucoup
plus réussis que les escorteurs d’escadre. Ils avaient de très belles
coques
qui, pour une fois dans la Marine, n’étaient pas des coques à teugue.
Ils
ressemblaient aux contre-torpilleurs ou aux torpilleurs de la guerre
1939-1945
: la plage avant assez haute, puis le bloc passerelle avec, juste à sa
hauteur,
un décrochement, et enfin la plage arrière, plus basse. On entrait dans
la mer
plus facilement.
Durville finissait son temps de commandement en
ayant
armé le bateau qu’il commandait. Il a dû se rappeler l’histoire du char
à
l’Ecole navale en me voyant embarquer. C’était l’officier qui était
sorti
rapidement du char que nous poursuivions un jour de manoeuvre à l’École
navale !
La croisière d’endurance qui suit la réception
du
bâtiment, avant son admission définitive au service actif, venait de se
terminer. A mon arrivée à bord, les marins m’ont raconté pas mal de
choses sur
le commandant Durville. C’était un excellent officier, courageux, très
bon chef
de char pendant la guerre, mais au fond il n’avait pratiquement fait
que cela.
Or il existe une obligation dans la Marine. Lorsque l’on passe
frégaton, il
faut commander un escorteur rapide. Et, en principe, il est commandé
par un
corvettard. On fait deux ans de commandement, ce qui est stupide, parce
que
certains sont faits pour le commandement à la mer et d’autres pas.
Cependant,
c’était la condition instituée avant la guerre par le général Salan
pour que
les officiers fassent l’École des torpilleurs. A l’époque, il n’y avait
pas de
radars, et faire de l’endentement, c’est-à-dire passer d’une ligne à
l’autre,
dans des créneaux à 30 ou 40 noeuds, de nuit, n’est pas évident. Des
officiers
ne s’intéresseront pas forcément à cela, et seront très contents de
rester à
l’Ecole canon. Il ne faut pas oublier que des officiers de marine
arrivaient à
faire leur carrière dans le canon. Ils faisaient l’École canon en tant
qu’élèves, puis l’Ecole d’application canon, et revenaient comme
instructeurs à
l’École canon. Ils embarquaient sur un bateau pour faire des tirs
canons et
passaient leur vie dans le canon, et si possible à Toulon - comme pour
les
sous-marins, arme d’élite avec des jeunes officiers d’élite. C’est pour
cela
que les officiers supérieurs n’avaient pas apprécié que je veuille
repartir en
Indochine, ça ne se faisait pas.
En rentrant d’Indochine, je me souviens d’avoir
entendu dire que les vieux amiraux considéraient comme scandaleux que
les
jeunes officiers apprennent en permanence à beacher, à s’échouer - où
allions-nous! Il fallait donc récupérer ces jeunes gens, car la guerre
est une
chose, mais s’exercer en vue d’une guerre hypothétique, dont
l’expérience
prouve qu’on ne la fera jamais, en est une autre. Depuis la fin de la
guerre,
nous n’avions fait que des opérations dites amphibies à l’extérieur de
la
France. Nous ne nous étions jamais mêlés de faire des opérations contre
les
Russes ou de former des escadres de combat. L’Indochine a permis de
dégager des
hommes valables, des caractères, et l’on ne s’en est pas souvenu. En
revanche,
celui qui faisait sa carrière aux sous-marins arrivait aux plus hautes
fonctions : chef d’état-major.
Durville n’était donc pas très marin. La
croisière
d’endurance de l’Agenais avait amené le bateau et son commandant au
Canada, à
Halifax, je crois. Le lendemain, dans la presse, on a pu lire « Une
flottille
de navires français est venue faire escale dans notre port. » En fait
de
flottille, il n’y avait qu’un seul bateau, mais quand il arrivait en
avant dans
le quai, il repartait en arrière, pour accoster. Puis il partait hors
de vue du
quai, et revenait pour accoster... le tout, cinq fois.
J’avais
embarqué comme officier en second, avec
Catoire, détecteur. Le commandant Derlot, qui a
succédé à Durville, ne me
donnait pas la manoeuvre du bateau. Je n’ai jamais
participé à une attaque
contre les sous-marins. En plus, j’étais
«balai», c’est-à-dire sans
spécialité,
alors que j’étais environné d’officiers
bardés de spécialités - le canonnier,
le détecteur, l’arme sous-marine.
Nous partions faire la croisière de printemps
en
passant par la Grèce et faisions escale en Turquie, à Smyrne. Le
commandant est
parti avec Catoire, en taxi, faire un tour dans la montagne et chercher
des
tapis. Le chauffeur, qui conduisait trop vite, a raté un virage, et la
voiture
est tombée dans un ravin. C’étaient les deux intellectuels du bord : le
commandant qui dirige la guerre contre les sous-marins au CO et le
détecteur
qui manipule tout cela, son confident en quelque sorte. Moi, le second,
j’étais
sur la passerelle, regardant si la peinture était bien faite et si les
hommes
étaient bien au garde-à-vous quand le commandant se montrait à bord.
Lors
de l’accident, Derlot a eu les vertèbres
cervicales fêlées, Catoire aussi, mais
c’était moins grave. Enfin, ils étaient
tous deux dans un triste état. Le soir même, j’ai
été convoqué à l’hôpital et
le commandant m’a dit: «Nous ne pouvons
pas trouver de remplaçant tout de suite. Puisqu’on appareille demain
matin,
vous prenez le commandement.» C’était mon jour de chance!
J’ai donc pris le commandement de l’Agenais le 3 juin 1959, pour faire la
deuxième partie de la
croisière de printemps, qui s’est déroulée parfaitement.
Nous avons appareillé sans problème et quitté
Smyrne.
Le jour de l’appareillage, on m’a demandé d’effectuer une première
manoeuvre :
la prise de courrier. Je pense que c’était pour me tester. Je suis
arrivé avec
cinq noeuds de mieux sur la vitesse normale. J’avais prévenu la machine
qu’il
fallait manoeuvrer vite, moyennant quoi les hommes ont eu la «double»
ensuite.
En principe, on réduit petit à petit le nombre de tours de la machine
et le
bateau finit sur son aire. Je suis arrivé plein pot - j’étais au moins
à cinq,
six noeuds, à dix mètres du bateau. La lame d’étrave est passée à
travers les
hublots de la cabine où se trouvait l’amiral, qui s’est fait doucher.
Il l’a
pris assez bien - après tout, il n’avait pas besoin de laisser son
hublot
ouvert. J’ai mis trente ou quarante tours de moins à la machine que la
vitesse
normale. Cela a provoqué un rideau d’eau, et a freiné le bateau.
L’ennui quand
on fait cela, c’est qu’il faut que le bateau soit bien positionné, car
la barre
n’a plus d’effet. J’ai remis ensuite au nombre de tours correspondant
au bateau
que l’on approchait. Du premier coup, des marins ont balancé le
courrier, on
aurait presque pu le prendre à la main ! Dans la foulée, j’ai reçu les
félicitations de l’amiral pour cette brillante manoeuvre. Au même
moment, il a
envoyé un message au commandant du porte-avions Arromanches
pour lui témoigner son mécontentement devant la
manoeuvre ratée qu’il avait accomplie.
C’était la république à bord. J’invitais le
carré chez
le commandant, et nous buvions sa cave - il m’avait dit que je pouvais
occuper
ses appartements et me servir. C’était normal, puisque lorsque l’on
commande,
même par intérim, on a droit au traitement de table du commandant. Le
carré,
dont j’étais le président auparavant, invitait le commandant, et tout
le monde
batifolait joyeusement.
Pendant cette campagne, j’ai eu la chance de
tomber
sur tous les sous-marins qui traînaient dans le coin. Or le premier qui
détecte
un sous-marin ne le lâche plus et dirige la manoeuvre des autres. Cela
faisait
rire l’escadre de l’Atlantique qui arrivait, car les capitaines de
frégate
étaient aux ordres d’un lieutenant de vaisseau. Des bateaux plus gros
que nous,
des escorteurs d’escadre commandés par des frégatons, voire un
capitaine de
vaisseau (le patron de la division), se trouvaient donc sous nos
ordres. Cela
m’a donné une sacrée cote comme marin - et il y avait l’Indochine
derrière.
Nous accostons un jour à Mers el-Kébir où il
fallait
se coller dans un créneau assez étroit. «Avant stop, en arrière,
terminé pour
la machine!» Je manœuvrais bien, et les hommes m’obéissaient. J’avais
dit au
chef : «Je ne fais pas beaucoup de manœuvres. Je n’emmerde pas la
machine, mais
quand je dis : il faut mettre la sauce, il faut la mettre.»
C‘était peu de temps avant le 18 Juin. Nous
devions
fournir des troupes marines à l’amiral Auboyneau, préfet maritime à
Alger, pour
la cérémonie commémorant le 18 juin à Alger. Nous nous sommes dit que
nous
n’allions pas encore ignorer les mille cinq cents marins morts pour la
France
lorsque les Anglais avaient attaqué l’escadre par trahison.
Nous nous sommes réunis entre commandants et
avons dit
au plus ancien, un commandant d’escorteur d’escadre, Marie : «La cérémonie du 18 Juin, d’accord, mais il y
a un problème. Au- dessus de nous, sur la falaise, sont enterrés tous
ces
marins morts pour la France auxquels on n’apporte jamais rien.»
Il y a les
bons et les mauvais morts.
Nous avons demandé à être reçus par le patron
du GASM
sur le Gustave-Zédé. Nous avons dit
unanimement: «C’est l’occasion de rendre
justice à ceux qui sont morts ici.» Nous étions gentils, nous ne
demandions
même pas une cérémonie officielle. Nous avons précisé: « Nous n’irons
aux
cérémonies du 18 Juin, en tant que commandants, que si on nous autorise
à faire
savoir aux équipages que nous irons porter des fleurs sur la tombe des
marins
français qui sont morts à Mers el-Kébir en juillet 1940, et que pourra
nous
accompagner qui voudra.» L’amiral nous a dit qu’il allait
réfléchir à la
question, et qu’il donnerait sa réponse le lendemain au commandant
chargé de
nous représenter. Nous avons été invités au carré de son bateau. Il
nous a
raconté son entrevue avec l’amiral, qui lui a dit : «J’ai pris en
considération
ce que vous m’avez dit et, après en avoir
discuté avec d’autres responsables, je ne suis pas d’accord avec vous
pour la
bonne raison qu’ici cette affaire rappelle des choses que les Oranais
n’ont
jamais comprises : l’attitude de la Marine pendant cette période. Par
conséquent, ce serait une véritable provocation.»
Alors, nous sommes allés individuellement au
cimetière
porter des fleurs, et aucun d’entre nous ne s’est rendu aux cérémonies
du 18
Juin à Alger.
Un jour, à Alger, un quart d’heure avant
l’appareillage, arrive le lieutenant de vaisseau Lafeuille, avec ses
petits
bagages. Il sortait de l’Ecole de guerre et faisait son temps sur un
bateau. Il
embarque, et je lui annonce que l’on appareille dans dix minutes. «Est-ce que tu pourrais me présenter au
commandant? me dit-il. - Pour
l’instant, on manoeuvre», lui réponds-je. Je lui indique sa
cabine, il y
pose ses bagages, puis, remontant sur la passerelle, me voit
appareiller et me
dit: «Dis donc, il est vachement sympa,
ton pacha. Il te laisse manoeuvrer, il ne vient même pas voir!
- Oh oui, je suis tombé sur un pacha sympa,
mais tu le verras tout à l’heure, un mec formidable sans exagérer, il
me fait
une totale confiance, que ce soit lui ou moi, c’est pareil !»
Lafeuille
ajoute: «Mon vieux, tu as un sacré bol !»
Cela l’étonnait, parce que je n’avais pas fait l’Ecole de guerre, ni de
spécialité. Bien sûr, à la passerelle, personne ne disait rien. Je
passe la
suite à l’officier de quart et je lui dis : «Je
vais prévenir le commandant et je te fais appeler, lorsqu’il pourra
te recevoir.» Je descends dans ma chambre et j’appelle la
passerelle. «Ici Pierre Guillaume
(car, dans le
micro, on entend), le commandant souhaite
que le lieutenant de vaisseau Lafeuille vienne le voir.»
Là-dessus, il
arrive impeccable, avec le sabre, et je lui ouvre la porte de la
chambre. Elle
est très grande sur les escorteurs rapides. C’est une partie de l’étage
sous la
passerelle. Il me dit: «Ah oui, et alors
le commandant ? » Je me suis assis et je lui ai lancé : «Mon cher camarade, je suis très heureux de
vous recevoir à bord. - Mais
qu’est-ce que cela veut dire ? - C’est
moi le commandant !» Il s’est marré – jaune, parce qu’avant
il fayotait.
J’ai finalement
gardé le commandement du bateau jusqu’au retour du commandant Derlot .
En
passant à Alger, au mois d’août, puis à Oran en SURMAR j’ai reçu tous
les
parachutistes de ma connaissance, des officiers et certains du commando
Guillaume. Ces derniers ont expliqué aux matafs ce qu’était l’Algérie.
Ils ont
été bluffés en voyant ces hommes qui se battaient sur le terrain, et
assez
soufflés par ce qu’ils leur racontaient.
Quand le commandant Derlot a repris son
service, j’ai
continué mon métier d’officier en second, mais je dois dire que cela ne
me
passionnait pas tellement, surtout après avoir commandé le bateau.
C’est Brac de La Perrière qui m’a remplacé
comme
officier en second - c’était un très bon officier en second, sorti de
l’Ecole
de guerre.
Note du capitaine de
corvette Derlot, commandant
l’escorteur rapide l’Agenais, 23 décembre 1959
«
Caractère général de l’officier,
appréciation de sa valeur : A pu grâce à ses qualités
d’intelligence et
son sens marin remplacer brillamment son commandant au milieu de la
croisière
de printemps de l’escadre, montrant ainsi qu’il a l’étoffe d’un
commandant,
mais son originalité, sa lenteur, ses horaires fantaisistes, son manque
d’intérêt pour les détails et sa tenue négligée en font un mauvais
officier en
second. »
Note du contre-amiral
commandant le groupe d’action
sous-marine, le 2 mai 1960
« Je regrette que le
commandant de
l’Agenais n’ait pas su apprécier les qualités exceptionnelles du
lieutenant de
vaisseau Guillaume officier hors de pair dans toute l’acceptation du
terme.
Certes, ce n’est pas un fonctionnaire bon élève, c’est un homme
d’action qui
commande avec une aisance et une efficacité parfaites. Des gens de sa
sorte
sont utiles en temps de guerre. »
Pour
suivre une photo de l'Agenais au mouillage avec le Gustave
Zédé à Calvi en 1962. J'ai plusieurs fois fait
escale en Corse, que cette île est belle, une montagne
posée sur la mer. Cette photo vient du site du Gustave
Zédé, http://ancienduzede.free.fr/,
allez visiter ce site, c'est très bien fait et il y a un nombre
impressionant de documents.
(retour
en haut de page)
D'autres
documents sur l'Agenais, de sources diverses et variées, un
petit patchwork en somme. Dans la mesure du possible, j'ai mis les
sources du cliché, mais certaines sont sans propriétaire,
si vous les connaissez, n'hésitez pas à me le faire
savoir.
1977.
L'Agenais est à Toulon et reçoit la visite d'un enfant du
pays, j'ai nommé le chanteur Gilbert BECAUD. Le voici saluant le
commandant. La photo a souffert des outrages du temps. (Photo BERNARD -
1977)

1969. L'Agenais au quai Noël à Toulon. A l'époque
c'était là que les escorteurs rapides étaient
amarrés, devant les bâtiments de la DP Toulon. (Photo
CATHERINE - 1969)

2008. Jean-Claude JAGER termine une maquette de l'Agenais. Il compte
l'exposer dans des concours et m'a promis de nous tenir au courant,
nous en reparlerons sans doute. (photo Jean-Claude JAGER - 2008)

L'Agenais
en mer, sans doute en Méditerranée, mais je ne sais pas
quand. (Photo ROBY - ?)

L'Agenais
entre ou sort d'un port. Le bateau est équipé en E52
normal, il n'a pas encore ces appareillages expérimentaux.
Auteur inconnu ainsi que la date. (Photo ? - ?)

1958.
L'Agenais est sans doute à Lorient car nous sommes en janvier
1958, le bateau est encore en essais d'armement et ça jusqu'au
16 mars 1958, il n'a pas encore son matricule modex. (Photo Service
Historique de la Défense - 1958)
(retour
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L'Agenais
arrive dans le port de Ponta Delgada aux Açores en
1984.Ponta Delgada se trouve sur l'Ile de San Miguel, c'est une escale
assez fréquentée par les bateaux de la Royale. On
voit ici la passerelle de l'Agenais, en 1984 il a encore de beaux
restes même si ses qualités militaires on
été diminuées. (Photo d'un photographe
portugais envoyée par Thierry Rivière
embarqué en 83/84 sur l'Agenais)
J'ai
agrandi cette photo pour montrer la partie arrière qui
portait les équipements de tests du sonar
remorqué. Thierry nous signale :
"Le BE Agenais était "désarmé" et la tourelle du pont avant
nous servait de soute à peinture.Une seule mitrailleuse de 20 mm fonctionait encore,
mais je ne me rappelle plus si c'était celle de babord ou tribord. Sur la
photo on distingue à l'arriere les deux rouleaux qui nous servaient à
tirer la sonde, et dans la "boite blanche" appelé le frigo des civils
travaillaient sur leur essaies (informatique et sécurité défence).Ce qui
fait que nous naviguions pendant des jours accompagné de sous marins et
d'hélico à écouter les bruits."
.
(Photo d'un photographe portugais envoyée par Thierry
Rivière embarqué en 83/84 sur l'Agenais)
L'Agenais
est amarré à Ponta Delgada, les permissionnaires
se sont égaillés dans la ville, le factionnaire
plage avant veille en prennant la pose, les secrets technologiques de
l'Agenais sont bien gardés. (Photo Thierry
Rivière - 1984)
(retour
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